Gérald Vidamment, rédacteur en chef de Compétence Photo

Compétence Photo à Gex : là où la notion de « confrontation » photographique prend tout son sens…

Jury Prix Art School 2014
Gérald Vidamment, rédacteur en chef de Compétence Photo
Le bimestriel Compétence Photo assume pleinement son double statut : tout d’abord celui de magazine didactique – car sans jamais aborder les nouveautés du matériel, il s’est orienté résolument vers les techniques de prise de vue destinées aux amateurs comme aux professionnels – ensuite celui de dénicheur et promoteur de talents. Ce concept original au sein de la prolifique presse spécialisée en a fait « Le magazine de l’image » : à la rédaction de Compétence Photo, on aime la photo et les photographes. Le plus large public ne s’y est pas trompé : Compétence a ainsi fidélisé ses lecteurs dans les kiosques tout autant que sur ses très actifs sites internet et réseaux sociaux…
De cette orientation formatrice et culturelle est née la « Correspondance visuelle », recueil de « trente regards, trente histoires qui se répondent… » dont la seconde édition fera étape à Gex après Paris, Riedisheim, Aix-en-Provence et Toulouse. Ne se contentant pas de nous raconter cette exposition collective, l’équipe du journal et les photographes présents animeront des lectures de portfolios, des conférences et des ateliers pour le jeune public du vendredi et durant tout le week-end du festival.
Portrait – Crédit : Pascal Baril – Planète Bleue Images
http://www.competencephoto.com/

La correspondance visuelle

Une exposition 'D'une histoire à l'autre'

Crédits photo :
N° 1 : Emmanuelle Brisson • Émilie Arfeuil
N° 2 : Thomas Subtil • Mathilde Petit
N° 3 : William Farges • Julie Poncet
N° 4 : Bruno Blais • Dominique Secher

Interview de Gérald Vidamment, rédacteur en chef de Compétence Photo

 

1Qu’aimeriez-vous nous dire pour vous présenter en quelques mots ?
Journaliste depuis vingt ans, j’ai pris la rédaction en chef du magazine Compétence Photo en 2008. Destiné à l’origine aux débutants, j’ai souhaité modifier la ligne éditoriale de cette publication afin d’élargir le public et ainsi pouvoir accompagner le lecteur tout au long de son apprentissage photographique jusqu’à, pour certains d’entre eux, la professionnalisation. J’aime l’idée de suivre les progrès de chaque photographe, car c’est une approche efficace pour mieux appréhender son travail, son envie de véhiculer une information ou une émotion à travers une image, mais aussi mieux comprendre ses changements d’orientation. En somme, c’est mieux connaître la personne qu’est l’auteur.
Cette approche a également permis de développer de nombreux projets d’exposition autour de la jeune photographie – dont celui de La Correspondance Visuelle – et de mettre en lumière des photographes émergents méconnus. Certes, ce n’est pas forcément le rôle d’un média que d’organiser des expositions en galerie ou dans le cadre de festivals ou de salons photographiques, mais cette démarche s’inscrit en cohérence avec la ligne éditoriale du magazine et se révèle par ailleurs enrichissante à tout point de vue.
2Pour vous, qu’est-ce qu’une bonne photo ?
Les raisons sont bien évidemment multiples. Mais s’il ne fallait en choisir qu’une seule, je dirais qu’une bonne image est celle qui donne l’envie de rencontrer son auteur et d’échanger des heures durant.
3Comment est née La Correspondance Visuelle ?
La Correspondance Visuelle est née d’une rencontre avec le photographe Marc Montméat en 2009 et d’une discussion passionnée sur la manière de correspondre entre individus non pas avec des mots mais avec des images. Le lendemain de notre entrevue, je lui ai proposé de lancer un projet de correspondance non plus entre deux personnes mais plutôt trente, et ainsi créer un lien fort et évident entre des univers photographiques évoluant dans des directions parfois très opposées. Le nom de « Correspondance Visuelle » tombait dès lors sous le sens. La première étape a consisté à sélectionner les photographes sur dossier. Le travail proprement dit de correspondance a ensuite pu débuter. Chaque jour, un photographe recevait une photographie à laquelle il devait répondre par une des siennes, celle-ci étant transmise le jour suivant à un autre photographe. Et ainsi de suite durant trente jours.
En novembre 2010, la première édition de La Correspondance Visuelle, réunissant trente photographes, était présentée en avant-première au Salon de la Photo, à Paris. L’année suivante, elle fut exposée dans plusieurs lieux en province. La seconde édition est née de la même envie de raconter une histoire improbable à partir d’histoires avérées. Tout en poursuivant la réflexion autour de la notion de « photographie épistolaire », une expression que m’a soufflée Jean-Pierre Bourgeois, commissaire général du Salon de la Photo, en découvrant le projet finalisé. Il fut la première personne à croire à cette idée et à la soutenir.
4Qu’avez-vous envie de nous montrer lors de cette édition des Confrontations ?
Grâce à l’enthousiasme des organisateurs des Confrontations à l’égard de ce projet, la seconde édition de La Correspondance Visuelle sera présentée cette année à Gex. Mais au-delà de l’exposition, je souhaite entamer le dialogue avec les visiteurs, d’une part pour présenter le projet dans sa globalité, d’autre part pour recueillir leurs commentaires concernant les correspondances d’une image à l’autre, et découvrir ainsi des liens que nous n’aurions pas forcément vus nous-mêmes. Face à une même image, chacun peut y voir des choses différentes. C’est très enrichissant !
Nous savons par ailleurs que les Confrontations accueillent chaque année des écoles. C’est une excellente occasion de parler du sens de la photographie avec des enfants à travers ce projet de correspondance. Pour les adultes que nous sommes, le regard des plus jeunes est souvent surprenant, et nous incite à nous interroger une nouvelle fois sur ce que nous avons vu et sur la manière dont nous l’avons perçu.
5Que vous évoque l’expression « confrontations photographiques » ?
Justement cet échange dont je parlais précédemment. Confronter, c’est rassembler des personnes en un même lieu et autour d’un même sujet afin de recueillir le fruit de leurs réflexions et les comparer dans un esprit ouvert à l’autre. C’est cette confrontation fructueuse que nous venons chercher à Gex et que nous trouverons sans nul doute. On parle souvent de « créer du lien » lors d’un festival. Mais pour y parvenir, il faut confronter au préalable. Et les premières annonces concernant le programme de cette nouvelle édition des Confrontations nous en donneront assurément l’occasion.
6Quel photographe souhaiteriez-vous promouvoir ?
Si je pense à La Correspondance Visuelle, ce n’est pas un nom mais trente qui me viennent à l’esprit. Et au-delà, bien d’autres noms encore de photographes émergents. S’il faut en citer un, ce sera mon dernier coup de cœur du moment : Joana Choumali et sa série intitulée Hââbrê, la dernière génération.
7Avez-vous un parcours photographique en marge du journalisme ?
Le terme « parcours » n’est sans doute pas approprié concernant mes activités photographiques. Ou alors il est aléatoire et discret. J’ai débuté par la photo de presse dans les années 90 puis me suis orienté il y a quelques années dans la photo de spectacle (concerts, photos d’artistes, etc.) avant de lancer un magazine musical. La reprise de Compétence Photo en 2008 a été très vite chronophage, m’obligeant à poser l’appareil photo. Aujourd’hui, j’ai l’envie de le reprendre pour réaliser des projets personnels que j’ai en tête depuis trop longtemps.