Photo Pédago!

La « Photo Pédago », atelier que nous souhaitons inaugurer lors de cette 4ème édition des Confrontations Photo, c’est une rencontre entre le public, une image et l’histoire…
A chaque édition sa photo iconique (et quoi de mieux que l’image d’une grande photographe pour une édition qui rendra hommage aux femmes photographes ?), son auteur, son sujet et un essai pour répondre à la question suivante : Pourquoi cette photographique est-elle entrée dans l’histoire de la Photographie ?
Cette année, c’est Jean-Pierre REVEL, habitué du festival qui nous fait l’immense plaisir de nous parler d’un certain portrait d’André Malraux par Gisèle Freund…

Photo Gisèle Freund/IMEC/Fonds MCC

© Photo Gisèle Freund/IMEC/Fonds MCC


QUELLE DIFFERENCE Y A-T-IL ENTRE…
Qui ne connaît pas le petit jeu, souvent proposé pour passer le temps : « Quelle différence y a-t-il… « ? Et on s’invente, ou on répète, de courtes histoires, faites de listes d’objets, d’animaux ou de personnes entre lesquels il faut détecter ou des différences ou des ressemblances ? Alors, pour qui ne connaît pas, voici un exemple.

QUESTION : Quelle différence y a-t-il entre:
. La couverture de la réédition en 1935 de « La Condition humaine », Prix Goncourt 1933
. La couverture d’un volume de la Pléiade de 1957, consacré aux romans d’André Malraux
. Un timbre de la Poste française de 1996
. La couverture de l’édition dans la collection « Folio », des « Antimémoires » de Malraux
. La couverture du volume 18, de la collection Découvertes « Littérature » de Gallimard
. Une campagne d’affichage sur les panneaux parisiens de l’automne 1996
. La réédition des œuvres de Malraux dans La Pléiade, au printemps 1996
. Un bout de phrase en haut de la page 130 de l’édition de poche d’un roman de 2002 : « Tigre en papier », d’Olivier Rolin.

REPONSE :
Aucune. Tous ces objets, et quelques autres, ont en commun la référence à ou l’utilisation d’une photographie datant de 1935, devenue au fil des sans une véritable icône.
De quoi s’agit-il ?
La guerre mondiale de 1914-18 (qu’on croyait être la « Der des der ») n’était pas très loin. Le monde changeait, et vite.
La crise économique de 1929 était plus proche encore. Et déjà, s’accumulaient en Europe les prémices de désastres futurs.
Alors que l’Amérique émergeait en grande puissance économique puis politique, Paris restait le siège d’un bouillonnement intellectuel et artistique extraordinaire.
Pour les besoins de son éditeur, lequel souhaite rééditer « La Condition humaine », Prix Goncourt 1933, André Malraux invite une jeune photographe à lui tirer le portrait. A 32 ans, il est déjà l’auteur de plusieurs romans, salués par la critique. La séance fut à la fois brève, le temps de faire un film de 36 poses, et très simple : en lumière naturelle sur la terrasse de l’appartement qu’occupait la photographe (rue de l’Odéon, à Paris). Le ciel était gris et le vent soufflait. A priori, donc, pas les meilleures conditions pour réaliser une bonne photo, quand on sait que les films d’alors étaient lents.
Déjà très sûr de lui, l’écrivain n’avait pas le temps. Mais il souhaitait toutefois présenter une allure à la fois naturelle et authentique. Il arborait un vieux trench-coat sur son costume cravate. De l’aveu de la photographe, Malraux parlait tout le temps, bougeait beaucoup et continuait à fumer. De temps en temps, un coup de vent soulevait sa mèche rebelle, d’un geste de la main, Malraux la remettait en place. En outre, durant une partie de la séance, il avait tenu à garder son imperméable.
De la vingtaine de photographies prises ce jour-là, Malraux retint immédiatement un cliché, qu’il aimât d’emblée. Cette image devint une icône. Celle que nous vous présentons aujourd’hui.

Avec l’aimable autorisation de l’IMEC (Institut Mémoires de l’édition contemporaine) détenteur du fonds MCC (Mémoire de la création contemporaine)

Rendez-vous à l’Espace Perdtemps fin septembre pour en savoir un peu plus…

Jean-Pierre Revel

© Jean-Pierre Revel


Jean-Pierre REVEL
Voyages et photographie. Ensemble, chronologiquement, ils sont venus en premier.
Après, la médecine, jusqu’au doctorat. Trois passions, dévorantes, mais assumées et menées raisonnablement, passionnément… Médecin, REVEL a fait la majeure partie de sa carrière dans l’humanitaire. Cela lui permit, en jonglant (souvent et beaucoup), de combiner sa vie familiale et ses trois passions en une seule existence.

Arrivé au terme de sa carrière professionnelle, les passions restées jusque-là en contrepoint, photographie et écriture, ont ré-émergé. Techniquement, Jean-Pierre reste fidèle à la photographie argentique de ses débuts… Ses tirages sont réalisés par lui-même, sur papier baryté avec virage ultime au sélénium.
Romand d’adoption, né en France, lui et sa famille sont établis en Suisse depuis plus d’un quart de siècle.