Stéphane Deleersnijder

© 2018 – Stéphane Deleersnijder


Stéphane Deleersnijder

On aime ? L’alternance de ses ombres et de ses lumières au service des couleurs de la rue...

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Les 10 questions Conf' à Stéphane Deleersnijder

1 Qu’aimeriez-vous nous dire pour vous présenter en quelques mots ?

Je suis un photographe de rue passionné qui aime la lumière, l’ombre et les couleurs.

2 Quel est votre parcours photographique ?

Je pratique la photo en autodidacte depuis plus ou moins six ans. Pour parfaire ma formation technique et confronter ma démarche artistique à d’autres points de vue, en 2015, j’ai décidé d’entreprendre des études de photographie en cours du soir à l’Institut Saint-Luc de Liège, en Belgique. Dès mes premiers pas, ma préférence a été à la street photography. J’ai d’abord surtout travaillé en noir et blanc. Ensuite, au fur et à mesure de l’évolution de mon regard et de mes envies, j’ai commencé à opter pour la couleur (ce sont notamment mes voyages qui m’ont amené à faire ce choix), prenant conscience des potentialités de celle-ci dans la construction de mes images. Le projet « Storyboard » que je présente au festival Confrontations Photo n’aurait pas réellement de sens en noir et blanc…

3 Pour vous, qu’est qu’une bonne photo ?

Question difficile… Je ne peux y répondre de manière objective et encore moins avoir la prétention de fournir des critères absolus en la matière. Je détournerai donc la question en répondant, au travers de mon propre travail photographique, qu’une image que je réalise me satisfait lorsqu’elle :
1° est à la fois lumineuse et sombre ;
2° propose une vision picturale du monde qui m’entoure ;
3° contient une part de mystère susceptible de susciter une émotion chez celui qui la regarde ;
4° présente les prémices ou le moment fort d’une histoire possible et, par conséquent, les éléments propices à développer l’imagination du spectateur.

4 Comment naissent vos prises de vues ?

Quand j’arrive dans un endroit où la lumière correspond à l’esthétique que je recherche, je patiente (parfois très longtemps) pour que les éléments physiques et humains – ou les pièces du puzzle – se mettent en place, c’est-à-dire jusqu’à ce qu’une scène intéressante se présente. C’est finalement assez simple si on fait preuve de patience et de détermination. Après avoir réglé correctement le trio ouverture-vitesse-iso, il n’y a plus qu’à déclencher au bon moment… Alors, tout comme en photographie argentique il y a différentes manières de développer un négatif, en numérique il y a plusieurs développements possibles d’une même photographie brute. De mon point de vue, le photographe retranscrit sa vision du réel en traitant ses photos après la prise de vue. Cependant, il n’y a pas dans mes images de retouches au sens strict, autrement dit pas d’éléments ajoutés ou supprimés de la photo de départ. Mes traitements sont donc basiques et dans le respect de l’image originale.

5 Qu’est-ce qui les inspire ?

Chacun est libre d’interpréter mes photographies selon son ressenti, ses émotions ou ses sentiments, cela va de soi. Mais ce que je peux dire de mon travail, c’est en tout cas qu’il y est notamment question de solitude et aussi d’errance. Au travers de mes images, j’essaye également de faire émerger une réflexion sur l’humain, et plus particulièrement sur son corps : sa place dans l’environnement où il évolue. Par ce jeu d’ombre, de lumière et de couleurs qui m’est cher, je m’efforce d’interroger l’homme et son corps sous différents angles : visible dans la lumière, discret en tant que silhouette, et presque absent dans la représentation de son ombre portée. En définitive, mon objectif est de présenter l’être humain dans la ville aux côtés de tout ce qui ne dépend pas de lui, mais qui pourtant le façonne…

6 Quels sont les photographes que vous admirez ?

Il y en a énormément ! Mais je suis un grand admirateur des photographes de rue Alex Webb, David Alan Harvey ou encore Trent Parke. L’esthétique d’Alex Webb est une déclinaison de cette formule de Goethe : « Les couleurs sont la souffrance et la joie de la lumière », qui a été une véritable révélation photographique pour moi. Ces mots illustrent le principe intellectuel (ou poétique ?) qui me permet de comprendre ma pratique et de la nourrir. Je ne peux évidemment pas omettre de citer une autre influence, qui vient justement de mon pays : celle du photographe belge Harry Gruyaert.

7 Quelle photo aimeriez-vous réaliser ?

Étant influencé par Alex Webb, j’aimerais réaliser un jour une image qui soit à la fois « complexe » (cadre dans le cadre, plusieurs scènes sur plusieurs plans, couleurs simultanément différentes mais complémentaires, hors-champ signifiant…), et en même temps cohérente, picturale et esthétique.

8 Quels sont vos projets actuels ?

Ce sont tout simplement des projets de voyages dont j’espère revenir avec quelques belles images. En effet, les photographies que je réalise nécessitent une lumière très forte, d’où l’obligation de voyager à la recherche de la luminosité intense propre aux pays du Sud. C’est la force du soleil qui fait ressortir ces couleurs si contrastées et si chaudes… Je m’apprête d’ailleurs à embarquer tout prochainement pour Venise et plus particulièrement l’île de Burano, très colorée. Cet été, je me rendrai aussi pour quelques jours à New York. Et l’hiver sera pour moi l’occasion de retourner au Maroc, un pays que j’affectionne tout spécialement pour ses couleurs vives et généreuses… De manière plus pragmatique, ces voyages constitueront la matière du travail de fin d’études que je dois mener à bien pour la prochaine année académique.

9 Qu’avez-vous envie de nous montrer lors de la prochaine édition des Confrontations ?

Le festival Confrontations Photo de Gex est pour moi la toute première occasion d’exposer hors de mon pays, la Belgique : j’ai simplement envie d’y présenter ma vision de la photographie de rue. Cette expérience me permettra de poursuivre la réflexion sur mon parcours et mon évolution artistique. Ce festival me donnera aussi l’occasion de récolter des avis, remarques, réactions (et peut-être même émotions) sur mon travail et d’en tirer profit pour l’avenir. J’ai envie par ailleurs, je dois bien l’avouer, de me prouver à moi-même que mes photographies peuvent également plaire à un autre public que celui de ma région d’origine, la Wallonie. Le fait d’avoir eu à « faire mes preuves » – c’est-à-dire présenter un projet construit pour parvenir à convaincre le jury de me sélectionner pour exposer – était déjà un challenge enrichissant pour moi. Pour évoluer et grandir, en art comme dans d’autres disciplines, je pense qu’il est important de se soumettre régulièrement à la critique et à l’évaluation : celle du grand public, mais aussi celle de ses pairs.

10 Pour terminer qu’évoque pour vous l’expression « Confrontations photographiques» ?

Je n’aime pas trop l’idée de face à face ou d’affrontement. Mais j’imagine bien que ce n’est pas la philosophie du festival Confrontations Photo ! En effet, le terme confrontation peut également s’entendre dans le sens de débat, échange de points de vue, ou encore comparaison. Ces acceptions du terme confrontation, je les fais miennes. En définitive, pour moi, un festival photo, c’est un lieu permettant à l’auteur d’un projet, aux autres artistes et aux visiteurs de se rencontrer pour partager intentions et perceptions… Je ferai aussi volontiers le vœu que ces Confrontations Photo de Gex soient un lieu favorisant la différence enrichissante tout en se concentrant sur un dénominateur commun : la passion pour la photographie qui nous anime tous…